La Croix dans notre vie Version imprimable Suggérer par mail

La Passion de Jésus-Christ et notre amour pour Dieu

Sermon pour le Temps de la Passion

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En ce dimanche de la Passion, méditons sur ce grand mystère qui est le coeur de notre foi et l’apogée de l’année liturgique. On peut considérer la passion extérieurement et là déjà elle est un enseignement étonnant, stupéfiant: ce degré d’abaissement auquel le Christ daigne descendre nous jette dans l’étonnement. Mais ce n’est pas tout, nous le savons, il y a bien plus; le plus grand reste caché, le plus grand est intérieur et il faut pénétrer dans la sainte âme de Jésus pour y découvrir toute la grandeur morale de l’âme souffrante…

Grandeur de l’âme souffrante qui vient de la grandeur d’âme tout court, mais grandeur qui n’est pas - en l’occurence - acquise; grandeur qui ne vient pas d’abord des vertus naturelles, des dons et capacités innés; mais grandeur qui vient de la grâce et des vertus.

Qu’elle est cette âme de Jésus, âme humaine, qui est greffée sur la personnalité divine?

Cette âme est plus près dte la source de toute grâce qu’aucune autre âme ou qu’aucun ange, donc elle a reçu plus de lumière et plus d’amour; elle a reçu une plénitude absolue de grâce créée proportionnée à la dignité du Verbe fait chair et proportionnée aussi à sa mission de sauveur de l’humanité.

Toute mission divine requiert une sainteté proportionnée; si trop souvent nous voyons dans le gouvernement des choses humaines des incapables et des imprévoyants - voire des malhonnêtes - occuper les plus hautes situations au grand détriment de ceux qu’ils gouvernent, il ne peut y avoir pareil désordre, pareille disproportion en ceux que Dieu a directement choisis pour une oeuvre divine exceptionnelle. Une mission divine suréminente demande une sainteté suréminente, et donc l’âme humaine du Sauveur déjà sanctifiée par son union personnelle au Verbe de Dieu a encore reçu une plénitude de grâce telle, qu’elle puisse rayonner sur toute l’humanité et vivifier toutes les générations humaines. En théologie, cette grâce s’appelle la grâce capitale, ce qui vient du latin: caput: la tête; la grâce capitale est celle qui a été donnée au Christ en tant que chef et tête de l’Eglise, pour que cette grâce soit ensuite donnée à tous les membres de ce même corps qu’est l’Eglise. Saint Jean parle de cette grâce lorsqu’il dit: "C’est de sa plénitude que nous avons tous reçu" (Jo I,16)

Cette grâce capitale a permis au Christ de réaliser sa mission; cette grâce a aussi causé dès le premier instant en son âme un ardent désir de la croix. Saint Thomas d’Aquin le dit: "Dieu le Père livra son Fils à la passion, dès qu’il lui inspira, en lui donnant la charité, la volonté de souffrir pour nous."

La première prière qu’Il formula en entrant dans ce monde manifeste déjà cette volonté de se sacrifier: "Vous n’avez voulu ni sacrifice, ni oblation (du sang des taureaux et des boucs), mais vous m’avez formé un corps… Me voici, ô mon Dieu, pour faire votre volonté." (Epître aux Hébreux)

Et cet acte d’oblation, Il l’a renouvelé incessamment au cours de sa vie; tout tendait à la passion; c’est cette grâce qui le poussait. C’est ce même acte qu’il exprime à Gethsémani: « Mon Père, s’il est possible, que ce calise passe loin de moi; mais non pas ma volonté, mais que votre volonté s’accomplisse.»

Il y a là d’une part l’angoisse de la croix toute proche, d’autre part: le désir efficace d’être pleinement fidèle à sa mission de victime, de prêtre. C’est ce désir qui l’emporte pour se réaliser dans le "Consummatum est - Tout est consommé".

Cette soif ardente de notre salut a été comme l’âme de l’apostolat de Jésus, de sa vie et plus précisément de sa passion. Les modernistes prétendent que l’idée du sacrifice de la croix est une invention de saint Paul, étrangère à la prédication du Christ; mais c’est à chaque instant que Notre Seigneur en parle:

"Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de beaucoup." Mt 20,28.

Dans une de ses plus belles paraboles, Jésus dit: "Je suis le bon pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme mon Père me connait, je connais mon Père et je donne ma vie pour mes brebis. Ma vie, personne ne me la ravit, c’est moi qui la donne." Jo 10,11

On retrouve les mêmes pensées dans sa prédication:

"Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il s’allume? Je dois encore être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il soit accompli."

On voit là dans l’âme humaine de Jésus ce déchirement entre une épreuve terrible qu’il voit venir, une croix qui va l’écraser, l’anéantir, et le désir intense de la porter pour réaliser la plus grande oeuvre de tous les temps.

Mais ne sont-ce pas là les sentiments de l’âme chrétienne en face de la croix, de ses épreuves,  n’y a-t-il pas un déchirement équivalent? D’un côté, cette volonté de s’offrir, de se donner, de l’autre, quand l’heure du sacrifice approche, quand on le subit, ces gémissements de la nature qui voudrait n’importe quelle autre croix mais pas celle-ci, nature qui est prête à jurer qu’elle porterait toute et chacune, sauf celle qu’elle doit actuellement porter.

Mais il y a en plus chez nous quelque chose qu’il n’y avait pas chez Notre Seigneur: il y a un certain aveuglement quand à notre croix; celle du voisin est si légère! et il n’y a que la nôtre qui semble si intolérable.

Et pourtant, notre croix personnelle est notre unique voie du salut: ce n’est pas là une exagération, c’est l’enseignement de Notre Seigneur: "Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera." C’est cela la folie de la croix, qui dépasse la prudence purement naturelle et juge de ce qu’il y a à faire non pas en vertu des principes naturels seulement, mais à la lumière de la foi, de l'enseignement de Notre Seigneur.

Et cette folie de la croix, cette épreuve portée pendant des années, est le grand témoignage de notre amour pour Notre Seigneur. Que d’illusions possibles dans notre amour de Dieu, s’il n’est pas purifié par les épreuves! Combien de chrétiens s’aiment soi-même à propos de Dieu… Nous pourrions passer une vie à nous illusioner sur notre amour de Dieu et finalement à nous aimer plus que Dieu, tellement tendance naturelle à se rechercher, à se créer une vie chrétienne confortable est pernicieuse et insidieuse.

"Quiconque ne porte pas sa croix et ne  me suit pas, ne peut être mon disciple." Lc 14,27.

Car quiconque ne porte pas sa croix, ne m’aime pas plus que lui-même. Il s’aime à propos de moi, ce n’est pas pareil.

"Le prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi, mais afin que le monde sache que j’aime mon Père et que j’agis selon le commandement que mon Père m’a donné, levez-vous, partons d’ici." Jo 14,31.

Sa passion et sa croix est LA preuve d’amour pour son Père et pour nous "car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis".

Alors, à nous de répondre à cet amour par l’amour, le vrai, celui qui ne se dit pas. Cela ne sert à rien de dire : "Seigneur! Seigneur!"  si notre amour ne se manifeste pas par des actes. Il en est ainsi pour l’amour spirituel, l’amour de volonté pour un être. Il y a une forme de pudeur spirituelle qui nous empêche de le dire, par contre la générosité dans le sacrifice n’en est que plus éloquente.

Demandons à Notre Seigneur qu’il nous donne de laisser purifier notre amour pour Lui, que par la croix portée généreusement, cet amour devienne pur d’amour-propre, exempt de recherche de soi.

Pendant ces jours saints, laissons-nous imprégner par le mystère de croix; que la méditation des mystères douloureux, le chemin de croix du vendredi, la méditation de la Passion ou toute autre forme de prière qui nous introduise dans ce mystère, nous aide à imiter notre divin Modèle.

Alors son enseignement ne sonnera plus aussi dur à nos oreilles, lorsqu’Il nous dit: "Quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple."

Lisez, relisez Lettre aux amis de la croix, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Elle donne le véritable esprit chrétien qui est un esprit de foi, de charité sans retour sur soi. Elle montre bien comment cet esprit de la croix de Jésus est l’un des rares biens impérissables, qui rende la vie digne d’être vécue, qui rende aussi conséquemment à nos âmes la vraie joie des enfants de Dieu, joie d’être des disciples de Jésus-Christ et de Jésus-Christ crucifié.

 

 
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