Un livre qui fera parler de lui. Version imprimable Suggérer par mail

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Cristina Siccardi, née à Turin en 1966, est spécialiste en biographies et a écrit pour « La stampa », «La Gazzetta del Piemonte», «Il Nostro Tempo » et collabore à diverses revues culturelles et religieuses comme «il Timone». Elle est membre des académies «Paestum», «Costantiniana», «Ferdinandea», «Archeologica italiana». Elle a publié une quarantaine d'ouvrages et vient de finir une biographie sur Mgr Marcel Lefebvre : Au nom de la vérité.

Voici quelques extraits d'une interview de l'auteur traduits de l'italien.

Docteur Siccardi, dans quelques mois sortira en librairie votre ouvrage sur Mgr. Marcel Lefebvre. AU NOM DE LA VERITE (Sugarco edizioni). Pourquoi avoir décidé d'écrire cette biographie ?

Parce que, au travers de mes études sur Paul VI, je n'ai pas pu ignorer l'importance historique et religieuse de ce saint Athanase des temps modernes. J'ai compris combien la Vérité et les vérités de toujours expliquent le présent et la crise. Quand la Fraternité m'a demandé d'écrire cette biographie, m'assurant d'avoir déjà trouvé un éditeur catholique, (Sugarco) j'ai accepté avec un sentiment mêlé, d'orgueil et d'humilité, typique d'une situation de quelqu'un qui s'apprête à un travail supérieur aux forces dont il présume disposer...


Quelles réactions cette réalisation a suscité parmi les membres du clergé ?

Quand j'ai accepté d'écrire la biographie du "pestiféré" Lefebvre, je pensais perdre l'estime et la considération de l'immense majorité des prêtres que je connaissais. Il n'en fût pas ainsi : je peux même affirmer que de très nombreux prêtres m'ont remercié pour ce livre. Beaucoup en le lisant ont "réveillé" une partie de la joie de leur vocation, depuis des décennies étouffée par le sociologisme moderniste.

J'évoque avec plaisir un prêtre qui m'est cher, que je savais entrainé malgré lui à des positions plus progressistes que son penchant naturel, qui m'a téléphoné pour me complimenter et surtout, m'a confié avoir connu personnellement Mgr Lefebvre, un secret jalousement gardé, comme une faute inexcusable: cette biographie a été un instrument de libération spirituelle, je crois, pour de nombreux prêtres (...)


De quelle façon le Motu proprio Summorum Pontificum a-t-il contribué à la réhabilitation de la figure de Mgr Lefebvre?

Le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007 n'est qu'une étape du pontificat actuel (...) Il est évident, dans ce grandiose dessein, qu'il est essentiel de réintégrer, même formellement, ceux de la Tradition dans la pleine juridiction de l'Église, les dépositaires de l'immuable "depositum Fidei", qui en ont fait leur raison de vivre. Benoit XVI a reçu Mgr Fellay, alors encore excommunié, quatre mois après son élection.

Certainement le Motu Proprio, qui libéralise le Missel - lequel ne fût jamais juridiquement abrogé, et donc qui a toujours été licite, comme l'exprime le Pape dans sa lettre aux évêques - marque-t-il une étape fondamentale, surtout pour ceux qui voyaient l'ancien Ordo comme une pièce d'antiquité et rend claires à tous les attentes du Pape en matière de liturgie.


De votre livre semble émerger une image positive de Paul VI ?

Sa grande figure ne peut être lue, à mon avis, sous un unique point de vue: c'est une personnalité complexe, un homme très sensible, enclin au monachisme et au mysticisme, peu doté de capacités de gouvernement, influençable, plus prompt à endosser des responsabilités et des fautes qu'à les imputer aux autres. Sa très profonde sensibilité spirituelle n'était pas sous-tendue par une suffisante préparation théologique et philosophique. (...)

Malgré cela, le Pape Montini pose, objectivement, plusieurs limites à la marée montante du modernisme, comme la proclamation de Marie comme Mère de l'Eglise, à l'encontre du philo-protestantisme de certains pères du concile. Mais il a surtout deux mérites: un sur le plan doctrinal et un sur le plan éthique. Son Credo qui réaffirme toutes les vérités catholiques, et l'encyclique Humanae vitae qui signe la plus importante victoire de la résistance au modernisme en s'attirant l'insurrection d'un nombre impressionnant d'épiscopats, mais qui a réaffirmé la position de l'Eglise avec plus de force que ses prédécesseurs, et a renforcé a posteriori, les positions sur lesquelles allaient pouvoir se tenir ses successeurs. (...)

Je n'affirme pas que sa figure soit tout court positive, mais elle n'est pas non plus négative. Il y a chez lui des lumières et des ombres, ces dernières découlant plus de faiblesses que de desseins novateurs.

Plus d'ombre que de lumière caractériserait plutôt le pontificat de Jean XXIII... Paul VI a subi le concile mais ne l'a pas convoqué, alors que son prédécesseur poursuivait clairement un processus de modernisation. (...)

On peut dire que tout ce qu'a concédé Paul VI par faiblesse avait été prévu et voulu par le dessein de Jean XXIII.


Dans votre livre que dites-vous de l'influence du père Guérard des Lauriers ?

Le rapport entre Monseigneur Lefebvre et le Père Guérard des Lauriers fut momentané et fugace, dans un moment particulier du dominicain, existentiel et théologique, et n'a pas influé sur la vie ni sur la pensée du fondateur d'Ecône. Ce rapport marginal aurait demandé un approfondissement doctrinal, l'analyse théologique de la théorie du «Cassiciacum» aurait alourdi ma biographie.


Vous écrivez (p.185) que Mgr Lefebvre nia avoir signé Dignitatis humanae et Gaudium et spes. Puis vous ajoutez qu'en réalité, il les a signés. Pouvez-vous préciser ?

Je ne rajoute rien à ce que j'ai écrit. Comme en témoigne Mgr Tissier de Mallerais, Mgr Lefebvre a signé les documents conciliaires comme une obligation et non comme une adhésion à leur contenu : cet acte formel n'enlève rien au reste et aux votes contraires qu'il a exprimés. Je présume que les deux négations d'avoir signé ces documents résultent d'une confusion avec les votes auxquels il n'a jamais effectivement adhéré et les signatures, actes purement formels de présence à la promulgation.


Qui définit Mgr Lefebvre comme schismatique commet un faux historique et juridique, écrivez-vous en page 269.  

Définir Mgr Lefebvre et la Fraternité sacerdotale Saint Pie X comme schismatiques est un faux car pour faire un schisme il faut se détacher de l'Eglise de Rome et nier son autorité, en premier de la légitimité du Pape. Les contestations, même très dures, les désobéissances de Mgr Lefebvre et de ses fils ne se sont jamais traduites par un manque de reconnaissance de la légitimité du pontife pro tempore régnant. Furent contestés des actes, des déclarations, interprétations... Le maintien du Missel avec l'Una cum, dénote cette absolue déférence. Le refus de Mgr face au sédévacantisme ou au sédéprivationisme fût toujours inflexible. Il y voyait lucidement une nature protestante. (...) Il n'y a schisme ni de jure ni de facto.


Source : Traduction de CMdelaRocca (article de Francesco Algisi sur ArchivioStorico.info)

 
 
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