Notre Seigneur et l'évêque d'Amiens Version imprimable Suggérer par mail
Dans sa fameuse série des don Camillo mettant en scène Fernandel et Gino Servi, Julien Duvivier a fait parler le Christ avec ce modeste mais si énergique curé de la campagne padane. De la même manière, nous avons essayé d'imaginer un dialogue entre Notre Seigneur et l'évêque d'Amiens.

L'évêque marche dans sa cathédrale. Il contourne le chœur et arrive devant la chapelle de Notre-Dame d'Amiens. Au moment où il passe devant l'ange pleureur, il est interpellé.
Notre Seigneur : Où vas-tu ainsi ?

L'évêque d'Amiens : Mais… Qui m'a parlé ?

NS : C'est moi, Jésus… Jésus que tu persécutes.

EA : Comment, moi, Seigneur, te persécuter ? Que dis-tu ? Je te persécuterais ?

NS : Oui, mon Fils, chaque dimanche depuis un mois, tu me persécutes.

EA : Voyons, Seigneur, n'es-tu pas sûr de te tromper ? Regarde tout le travail que j'accomplis pour toi ! J'ai donné ma vie pour te suivre, pour annoncer ta parole. Dans mon diocèse, je mets tout en œuvre pour que les hommes se respectent, que chacun puisse trouver sa place, que les Chrétiens vivent en Eglise. J'ai revu l'organisation des paroisses. J'ai renouvelé la pastorale de la catéchèse, et toi, tu me dis que je te persécute ?

NS : Oui, mon fils, chaque dimanche, depuis un mois, je viens vers toi ; chaque dimanche je frappe à ta porte et tu me laisse à la rue. J'étais nu et tu ne m'as pas habillé. J'avais soif et tu ne m'as pas donné à boire. Par un froid glacial, je suis descendu sur mon autel, en pleine rue, par temps pluvieux ou venteux. Mon corps s'est incarné pour les humbles et les petits mais tu leur a refusé d'ouvrir la porte de ma maison. Les températures glaciales ayant transi de froid mes prêtres, mon corps, échappant de leurs mains gelées, est tombé plusieurs fois sur le pavé d'Amiens, comme jadis je tombais sur le chemin qui me menait au Golgotha en rémission des péchés des hommes. Mon précieux sang manqua de geler dans le calice car tu n'as pas daigné ouvrir les portes de ton cœur.

EA : Mais, Seigneur, c'était pour mieux te servir. Tu étais le prisonnier des intégristes, ceux qui ont refusé l'autorité du pape en 1988, tous ces gens agités proches de l'extrême droite. Je n'allais tout de même pas permettre qu'ils viennent briser l'unité diocésaine !

NS : Mais, ces Chrétiens que tu décris ainsi, n'ont-ils pas une âme ?

(Silence)

NS : Je t'ai donné tout pouvoir sur ce diocèse. Sans moi tu ne serais rien. Je t'ai confié la charge de tous mes fils catholiques, quels qu'ils soient. Tu dois les protéger et les accueillir. Car tel est ton rôle de chef. Tel est l'objectif que je t'ai fixé. Pour chacun d'entre eux, pour chaque âme que je t'ai confiée, tu devras me rendre les comptes de ta gestion comme ces régisseurs dont j'ai parlé en parabole.

EA : Mais, Seigneur, sont-ils finalement vraiment catholiques ? Car, ils veulent la division, ils refusent mon autorité. Ils refusent l'autorité du pape. Ils refusent le Concile !

NS : Non, n'ai pas peur, apprends à les connaître. Ces fils bien aimés défendent toutes les vérités que je leur ai enseignées. Ils mettent en pratique tous mes enseignements. Et ils reconnaissent mon vicaire qui est à Rome. En revanche, que de fois, mon cœur souffre à la vue de mes vérités qui sont partout malmenées par le relativisme et la confusion, parce que, dans mes sanctuaires, même dans ton diocèse, on laisse libre cours à l'imagination des hommes par des cérémonies qui outragent mon cœur, parce qu'on fait place à ceux qui refusent mon Église, et à ceux qui n'amassent pas avec Moi et, par conséquent, qui dissipent.

EA : Que dois-je donc faire ?

NS : Tu dois aller sur les places de ta ville et de ton diocèse. Tu dois aller au-devant des hommes et constater qu'ils portent la robe nuptiale. Tu les reconnaîtras ainsi. Ils prient Dieu chaque jour, s'unissent à mon sacrifice et respectent mes commandements. Si tu doutes, tu n'auras qu'à les interroger : S'ils reconnaissent croire en « un Seul Seigneur, très Saint, un Seul Très Haut, Jésus Christ », en une seule Église, celle que j'ai instituée en la pérennisant à Rome, alors tu devras leur ouvrir les portes car ils sont mes fils, en qui j'ai mis toute ma confiance.
 
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Blog « Amiens, des catholiques à la rue »