Nouvelles dans l'Eglise - Novembre 2009
  • Nouvelles de Rome
  • Extraits d'une interview donnée par Mgr Fellay à l'agence Apcom
  • Retour d'un groupe d'Anglicans
  • Rome. Dimanche 18 octobre 2009, pour la première fois depuis la réforme liturgique, une messe a été célébrée dans la basilique Saint-Pierre selon le rite extraordinaire en latin.
  • Débat sur le Concile
  • Italie. L'Eglise contre l'enseignement de l'islam à l'école
  • Le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le culte divin et les sacrements, interrogé par un journaliste espagnol :
  • L'Eglise de France: Une asphyxie annoncée
Rome.
  • Les nouvelles sont encourageantes. Suite à la première rencontre dans le cadre des discussions doctrinales, le Service de presse du St-Siège a déclaré: «Dans un climat cordial, respectueux et constructif, ont été mises en évidence les principales questions à caractère doctrinal qui seront traitées et discutées au cours des entretiens de ces prochains mois, qui auront probablement lieu à une cadence trimestrielle. Seront examinées, en particulier, les questions touchant au concept de Tradition, au Missel de Paul VI, à l'interprétation du Concile Vatican II en continuité avec la tradition doctrinale catholique, aux thèmes de l'unité de l'Eglise et des principes catholiques de l'œcuménisme, du rapport entre le Christianisme et les religions non chrétiennes et de la liberté religieuse. Au cours de la rencontre, la méthode et l'organisation du travail ont aussi été précisées.»
  • Par ailleurs, le pape a annoncé un voyage au Portugal pour le mois de mai prochain. Il se rendra à Fatima pour le 13 mai. Et si c'était l'occasion de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie?
  • Autre bonne nouvelle: l'ostension du St-Suaire de Turin en 2010. Les dernières ostensions dataient de 1998, pour le centenaire de sa découverte par le photographe et pour le Jubilé de l'Incarnation, en l'An 2000. «Cette ostension sera une occasion propice, j'en suis sûr, pour contempler ce mystérieux Visage, qui parle silencieusement au cœur des hommes, en les invitant à y reconnaître le visage de Dieu », a dit le pape lors de l'annonce.

 

Extrait d'un entretien accordé par Mgr Bernard Fellay

à l'agence Apcom, le 31 juillet 2009

Q : Quel statut juridique souhaitez-vous pour la Fraternité Saint-Pie X ? Une prélature, une société de vie apostolique, autre chose ?
R : «Cela dépendra évidemment de Rome, qui est l'autorité qui décide de cette structure. Leur perspective est la volonté de respecter au maximum la réalité concrète que nous représentons. Mon espoir est que nous serons suffisamment protégés dans l'exercice de l'apostolat pour pouvoir faire du bien, sans être empêchés dans l'action par des raisons juridiques. Le souhait est une prélature, même si je n'ai pas de préférence. Sur le timing je ne peux pas m'exprimer, tout dépend de Rome.»


Rome. Retour d'un groupe d'Anglicans

Le pape Benoit XVI se prépare à accueillir dans la pleine communion avec Rome évêques, prêtres et fidèles de la «Traditional Anglican Communion», ce groupe d'anglicans qui se sont détachés de la communion avec l'archevêque de Canterbury et ont demandé d'être réintégrés en bloc; ils sont 400 000 anglicans de 41 pays ayant rompu avec la Communion anglicane officielle «par fidélité à la foi et aux mœurs chrétiennes».

A l'ère d'un dialogue œcuménique qui encourage non à la conversion mais à rester dans l'erreur, il s'agit d'une bonne nouvelle. La question se pose du statut canonique. A ce sujet est évoqué la solution d'un ordinariat personnel, une nouveauté certes dans le droit canonique, mais qui ressemble de près aux diocèses des armées et à la prélature personnelle. Un canoniste américain commente : « Quoi qu'il en soit, l'idée d'un "ordinariat personnel" est un autre signe de la tendance inévitable à s'éloigner des unités juridictionnelles purement territoriales dans l'Église romaine pour se diriger vers un plus grand usage des juridictions personnelles. Cette tendance est nette dans le Droit canon occidental de la fin des années 1960. Pourvu que ce changement se poursuive de manière ordonnée, je pense que c'est une mesure qui va dans la bonne direction pour des gens qui en sont venus à se considérer moins identifiés avec différentes réalités locales qu'avec des regroupements sociaux. Assurément, d'autres groupes dans l'Église vont observer le projet anglican avec l'idée d'appliquer ces structures innovantes à leur propres sphères.»


Rome. Dimanche 18 octobre 2009, pour la première fois depuis la réforme liturgique, une messe a été célébrée dans la basilique Saint-Pierre selon le rite extraordinaire en latin.

La messe, célébrée dans la chapelle de l'adoration eucharistique par Mgr Raymond Leo Burke, préfet du tribunal suprême de la Signature apostolique, a conclu le 2e congrès sur le Motu proprio « Summorum Pontificum », qui s'est déroulé à Rome du 16 au 18 octobre.

Mgr Guido Pozzo, récemment nommé par le pape secrétaire de la Commission pontificale « Ecclesia Dei », chargée du dialogue avec la Fraternité saint Pie X, fondée par Mgr Marcel Lefebvre, a aussi participé à la messe.

La chapelle n'a pas pu accueillir tous ceux qui voulaient participer à la messe et a été totalement remplie par 70 prêtres et quelque 400 personnes.

Après la messe, les participants au congrès se sont réunis place Saint-Pierre pour réciter l'Angélus avec le pape, qui leur a adressé un salut spécial en italien.


Débat sur le Concile

Le Concile Vatican II : un débat à ouvrir, tel est le titre de l'ouvrage de Mgr Brunero Gherardini paru en italien avant l'été, et dont une traduction française vient d'être publiée au Courrier de Rome. Si l'on accepte le Concile Vatican II, comment s'accommoder des enseignements de ce concile qui sont difficilement compatibles avec la ligne de la continuité doctrinale ? (...) Mgr Gherardini ne cache pas que cette question n'est pas imaginaire, il ne pense pas qu'elle puisse être simplement contournée par l'affirmation que les textes du conciles sont bons, et que seule leur interprétation pose problème.

Mgr Brunero Gherardini, né en 1925, a été doyen de la Faculté de théologie de l'Université du Latran. Théologien de renom, il a publié plus de quatre-vingt ouvrages et plusieurs centaines d'articles. Il est actuellement chanoine de la Basilique Saint-Pierre, directeur de la revue thomiste Divinitas. Il peut être considéré comme le dernier représentant de l'école romaine de théologie illustrée par les Ottaviani, Tromp, Parente, Piolanti.


Italie. L'Eglise contre l'enseignement de l'islam à l'école

En Italie, le vice-ministre au Développement économique Adolfo Urso a proposé d'introduire dans les écoles publiques et privées une heure de religion musulmane, facultative et alternative à l'heure de religion catholique, pour éviter de laisser les élèves muslmans "dans les ghettos des écoles islamiques intégristes".

Le président de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Angelo Bagnasco, dans un entretien publié dimanche par Il Corriere della Serra est monté au créneau :

"L'heure de religion catholique se justifie par le fait qu'elle fait partie de notre histoire et de notre culture. La connaissance du fait religieux catholique est indispensable pour la compréhension de notre culture. Il ne ne me semble pas que l'heure de religion envisagée (par le gouvernement pour la religion musulmane) corresponde à cette motivation raisonnable et reconnue".

L'islam ne faisant pas partie de notre culture, il n'y donc aucune raison pour que le gouvernement l'enseigne ou finance ses mosquées.

Si la France avait des évêques aussi courageux...


Par ailleurs et toujours en Italie, suite à la condamnation par la Cour européenne des droits de l'Homme de la présence de crucifix dans les salles de classe italiennes, c'est tout le pays qui s'est insurgé contre une telle mesure idéologique et anti-chrétienne; le gouvernement et les ministres qui ont fait savoir leur désapprobation. Comme l'écrit le même journal :

"Le verdict de la Cour de Strasbourg a fait un petit miracle: celui de créer une quasi-unité nationale en défense du symbole du christianisme".

La droite italienne a attaqué le verdict de Strasbourg, rejointe le chef du Parti démocrate, Pierluigi Bersani, qui a lui aussi déploré que "le bon sens soit devenu victime du droit". L'autre parti d'opposition Italie des valeurs a dénoncé "une réponse erronée à une demande de laïcité".


Le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le culte divin et les sacrements, interrogé par un journaliste espagnol :

"En ce moment nous travaillons de manière très silencieuse sur toute une série de thèmes relatifs à des projets de formation. C'est le besoin prioritaire : une bonne et véritable formation liturgique. Ce thème est capital parce que vraiment on ne peut aujourd'hui compter sur une formation adéquate. Les gens croient que la liturgie est une question de formes ou de réalités extérieures ; il nous faut retrouver le sens de l'adoration, c'est-à-dire le sens de Dieu en tant que Dieu. Ce sens de Dieu ne pourra se retrouver qu'à travers la liturgie. Voilà pourquoi le Pape manifeste un si grand intérêt pour l'accentuation de la priorité de la liturgie dans la vie de l'Eglise. (...) La liturgie regarde toujours vers Dieu, et non pas vers la communauté ; ce n'est pas la communauté qui fait la liturgie, mais Dieu. C'est Lui qui vient à notre rencontre et nous propose de participer à sa vie, à sa miséricorde et à son pardon... Quand la liturgie sera vécue en vérité, quand Dieu se trouvera véritablement en son centre, alors tout changera. [...]

Il existe aujourd'hui une sécularisation et un laïcisme très importants, on a perdu le sens du mystère et le sens du sacré, on ne vit pas véritablement avec l'esprit d'adoration de Dieu et de laisser Dieu être Dieu. C'est pourquoi l'on croit qu'il faut constamment changer des choses dans la liturgie, faire des innovations, et que tout cela soit très créatif. Or ce n'est pas cela que doit être la liturgie : elle doit être nécessairement et réellement adoration, c'est-à-dire reconnaissance de Celui qui nous transcende et qui nous offre la Rédemption.

Le plus grand mal qui se fait actuellement à l'homme est de vouloir éliminer de sa vie la transcendance et la dimension du mystère. De cela, nous vivons les conséquences dans toutes les sphères de la vie. C'est la tendance à substituer l'opinion à la vérité, l'inquiétude à la confiance, les moyens à la fin ... C'est pourquoi il est si important de défendre l'homme face à toutes les idéologies qui le fragilisent dans sa triple relation au monde, aux autres et avec Dieu. On n'avait jamais autant parlé de liberté, et jamais auparavant il n'y a eu tant d'esclavages."


L'Eglise de France: Une asphyxie annoncée

Nous reproduisons ci-dessous l'essentiel d'un intéressant article paru sur le site de Paix Liturgique:

1. Le nombre des prêtres diocésains français en activité en France est de moins de 9.000. Pour un ensemble non négligeable de diocèses (Digne : 25 prêtres, Nevers : 38, Auch, Saint-Claude, Gap, Digne, Viviers, Verdun, Pamiers, Langres, etc.), dans 10 ans, le nombre des prêtres en exercice sera d'une dizaine au plus (dans le diocèse de Langres, de Mgr Gueneley (2), le plus sinistré des diocèses français, on a parfois déjà un seul prêtre pour 60 clochers).

2. Les nombre des séminaristes est passé depuis deux ans sous la barre des 750 (740 en 2008, dans ce chiffre sont inclus une bonne centaine de séminaristes de Communautés non diocésaines). Pamiers, Belfort, Agen, Perpignan, etc., n'ont pas de séminaristes.

3. Le nombre des ordinations va rester sous la barre des 100 (90 en 2009 - Paris, qui est un des mieux lotis, n'a eu que 10 ordinations, dont 2 pour la Communauté de l'Emmanuel ; 7 sont prévues pour 2010 ; 4 pour 2011).

4. 120 vocations au plus se sont déclarées pour la rentrée 2009.

La conclusion est dramatique : 1/3 des diocèses français devraient logiquement disparaître par regroupements dans les 15 ans à venir.


Et cependant, la majorité des évêques, le Président Vingt-Trois le premier, n'en démordent pas : l'Église reste malgré tout visible, elle demeure contre toute apparence vivante. Le Président Vingt-Trois donnait ce merveilleux exemple de « visibilité » retrouvée sur Radio-Notre-Dame (entretien du 5 novembre) : dans une paroisse sans prêtre, des laïcs se réunissaient pour dire le chapelet dans une salle municipale ; ils ont eu alors l'idée de nettoyer l'église pour y réciter le chapelet ; ainsi, rien n'est perdu, cette église revit...


L'utilisation de la « réserve » traditionaliste ne règlerait certes pas le problème des diocèses français d'un coup de baguette, mais elle pourrait donner un peu d'oxygène et surtout elle changerait totalement la donne idéologique. C'est d'ailleurs pour cela qu'officiellement, à la Conférence épiscopale, le sujet reste rigoureusement tabou. Pour l'instant.


Car le monde traditionaliste (non compris les religieux) devient de plus en plus difficile à ignorer :

1. 3% des prêtres en activité sont traditionalistes (inconstitutionnellement traditionalistes, sans parler des prêtres diocésains qui leur sont assimilables par leur pratique liturgique) : 260 prêtres équivalents à des prêtres diocésains (FSSPX et communautés amies : 140 prêtres ; communautés Ecclesia Dei : 120 prêtres environ).

2.  Plus de 14% des ordinations sont pour la forme extraordinaire : en 2009, 15 prêtres français ont été ordonnés pour la forme extraordinaire du rite romain (dont 6 de la FSSPX).

3. Près de 20% des séminaristes se destinent à cette forme (ils étaient 160 pour la forme extraordinaire, dont 40 environ pour la Fraternité Saint-Pie-X, en 2008-2009). Si la croissance continue comme ces dernières années, dans deux ans au plus, 1/4 des séminaristes français se destineront à la forme extraordinaire. Tout le monde sait d'ailleurs que si les prêtres traditionnels avaient l'assurance d'avoir un apostolat « normal » dans les diocèses, le nombre de ces séminaristes serait plus important encore.

4. Enfin, 25% des vocations se destinent à la forme extraordinaire. A la rentrée de septembre 2009, il y en 41 entrées (dont 17 seulement pour la Fraternité Saint-Pie-X) en 1ère année pour une formation dans un séminaire traditionaliste.


Or, ce clergé « extraordinaire » ne dessert même pas 400 lieux de culte dominicaux en France (dont 184 desservis par la Fraternité Saint-Pie-X et ses communautés amies). On rappelle en outre, qu'en regard, la demande, selon un sondage CSA de septembre 2008, est bien plus importante : 1/3 des catholiques pratiquants assisteraient volontiers à la messe traditionnelle si elle leur était proposée dans leur paroisse. Et il n'est pas exagéré de dire qu'en ajoutant aux vocations proprement traditionalistes les vocations de sensibilité traditionnelle qui se retrouvent dans les séminaires diocésains, un 1/3 des vocations sacerdotales, si on le leur permettait, se destineraient à la forme extraordinaire ou au bi-formalisme.


1/3 des fidèles et, à terme, 1/3 des prêtres. Il serait donc raisonnable de donner officiellement à ces prêtres un véritable espace de liberté, non plus dans des ghettos mais au sein même des paroisses, pour célébrer le culte divin selon leur sensibilité (comme on parle de sens de la foi). N'est-ce pas l'esprit (et la lettre) du Motu Proprio Summorum Pontificum ? Et par le fait, ces prêtres pourraient aider à rendre de nombreux autres services sacramentels, missionnaires, catéchétiques.


Mais pour la majorité des évêques de France, ce tiers du troupeau, prêtres et fidèles - qui s'obstine à vivre, qui ne demande qu'à vivre davantage et qui est tout prêt à faire vivre - n'existe toujours pas, sauf comme une épine dans la chair. Les diocèses se meurent, l'idéologie, elle, n'est pas morte.

Source: www.paixliturgique.com